Ce que disent les données
Les données du Human Connection Workplace Index sur la génération Z sont frappantes. Au lieu de confirmer les clichés éculés sur “les jeunes et leurs téléphones”, elles révèlent à quel point l'expérience quotidienne du travail de la plus jeune cohorte est différente de celle de ses aînés.
1. La confiance et l'amitié s'érodent
« J'ai l'impression qu'aujourd'hui, chacun reste dans son coin », confie Rachel Aquino. « Je ne parle pas vraiment avec mes collègues et je n'échange pas vraiment d'idées avec eux, sauf si c'est vraiment important. Mais quand nous le faisons, tout le monde apporte quelque chose généré par l'IA. »
La génération Z nous montre les coûts cachés d'une adoption précoce de l'IA. Quand les conversations ont plus souvent lieu avec un chatbot qu'avec un humain, le lien s'affaiblit. Quand l'immédiateté des résultats prend le pas sur la friction collaborative, le débat s'éteint. Et quand les équipes cessent de résoudre les problèmes ensemble, elles cessent de se faire confiance. Notre enquête met en lumière l'ampleur du problème :
- La génération Z est 8 fois plus susceptible que la génération X de se sentir seule au travail
- La génération Z est 12 fois plus susceptible que la génération X de se sentir complètement déconnectée de ses collègues
- La génération Z est 16 fois plus susceptible que la génération X de dire qu'elle n'a pas confiance en ses collègues
Ces indicateurs ne sont pas subjectifs. La confiance et l'amitié constituent le ciment des équipes très performantes, ce qui pousse chacun à demander de l'aide, à remettre en question une mauvaise idée ou à tenir bon pendant un trimestre difficile. Lorsqu'elles s'érodent, la performance est inévitablement affectée.
2. L'IA aggrave le problème
La génération Z est la première cohorte à nous dire, clairement et à grande échelle, que la technologie qui la rend plus productive la rend aussi plus isolée.
- Un membre de la génération Z sur cinq dit se sentir plus seul depuis l'introduction des outils d'IA dans l'environnement de travail
- Plus de 20 % des membres de la génération Z disent que les outils d'IA ont détérioré leurs relations personnelles avec leurs collègues
« Avant, quelqu'un venait m'expliquer une tâche, me guider dans son raisonnement et m'expliquer comment on lui avait appris à faire », explique Rachel Aquino. « Alors qu'aujourd'hui, ce que je vois, c'est que les collaborateurs juniors prennent d'eux-mêmes l'initiative d'utiliser l'IA pour les aider. »
Karthik Karunanithi, Solution Architect chez IBM, partage un sentiment similaire. En tant que responsable de plusieurs ingénieurs juniors, Karthik a pu observer de près la relation de la génération Z avec l'IA. « L'IA n'a pas vraiment éliminé les échanges informels, elle a éliminé les questions bêtes », explique-t-il. « Et ces questions bêtes étaient importantes. »
Karthik Karunanithi explique que ces questions apparemment "bêtes" menaient souvent à des conversations sur des projets plus vastes et sur les objectifs globaux. « Aujourd'hui, l'IA répond instantanément à la question et la conversation n'a jamais lieu », regrette-t-il.
Karthik estime qu'un sentiment d'insécurité alimenté par l'IA pourrait conduire à davantage d'isolement sur le lieu de travail. « Il y a ce sentiment croissant que, si l'IA peut répondre à quelque chose, demander à un humain signifie que vous n'étiez pas assez compétent pour trouver la réponse par vous-même. »