Le mythe des caractéristiques immuables
La principale idée reçue est la croyance selon laquelle l'agilité est soit un trait de personnalité immuable (on l'a ou on ne l'a pas), soit une simple question de consommation de contenu (si les collaborateurs regardent la vidéo, ils deviendront agiles).
En réalité, l'agilité d'apprentissage, terme apparu pour la première fois dans les années 1980 grâce aux recherches du Center for Creative Leadership, se définit comme la capacité d'apprendre rapidement à partir de l'expérience et d'appliquer efficacement cet apprentissage dans des situations inédites, difficiles ou fondamentalement différentes. Il s'agit d'une construction multidimensionnelle alimentée par la conscience de soi et qui repose sur quatre piliers clés :
1. Agilité mentale : aisance face à la complexité et à l'ambiguïté
2. Agilité des personnes : communication experte et gestion constructive des conflits
3. Agilité face au changement : passion pour les idées et volonté de piloter le changement
4. Agilité des résultats : obtenir des résultats dans des conditions difficiles.
Les enjeux liés au succès de cette démarche sont considérables. Les études indiquent que l'agilité d'apprentissage est un meilleur indicateur de performance à long terme que les capacités cognitives standard. Dans leur ouvrage Learning Agility: The Key to Leader Potential, David F. Hoff et W. Warner Burke constatent que les entreprises dotées d'une forte agilité d'apprentissage démontrent des résultats d'innovation 25 % plus élevés et des performances financières 18 % supérieures lors des ralentissements du marché.
La réalité biologique
Les recherches de la célèbre neuroscientifique cognitive Lucina Uddin ont révélé que l'agilité est ancrée dans la neuroplasticité et la flexibilité cognitive, soit la capacité de notre cerveau à littéralement adapter sa réflexion et son comportement en réponse à un environnement changeant. Ce processus mobilise le cortex préfrontal (CPF), le siège des fonctions exécutives. Bien que le QI statique demeure relativement stable après le début de l'âge adulte, le CPF reste quant à lui très malléable. Les dirigeants peuvent développer et renforcer intentionnellement leurs capacités cognitives et, par conséquent, leur aptitude à s'adapter grâce à une pratique délibérée et soutenue.
L'agilité n'est pas un don, c'est une restructuration physiologique des voies neuronales.