Pourquoi le lien humain n'est pas une option
Il peut être tentant de considérer le lien humain comme une simple délicatesse culturelle, un aspect auquel on ne pense qu'une fois nos gains de productivité pleinement optimisés. Or, de nombreuses études racontent une tout autre histoire.
Les relations humaines nous aident à nous épanouir, tant sur le plan psychologique que physique. Mais nous nous dirigeons vers un isolement social croissant, tant à la maison qu'au travail. Le manque de lien social peut avoir des effets néfastes sur la santé mentale, physique et cognitive, notamment :
Une augmentation du risque de décès prématuré : 32 % de probabilité en plus en cas d'isolement social et 14 % en cas de solitude
Des taux plus élevés de maladies physiques et mentales, notamment une augmentation du risque de maladies cardiaques de 29 %, d'accident vasculaire cérébral de 32 % et de démence de 50 %
Des pertes économiques pouvant atteindre 25 milliards de dollars par an à l'échelle mondiale
Des absences au travail liées au stress attribuées à la solitude qui ont coûté aux employeurs américains environ 154 milliards de dollars en 2020
Et pourtant, près des trois quarts des Américains ne se réunissent avec leurs proches et amis proches que deux fois par mois, voire moins. Nous avons connu une baisse de 20 % du nombre de mots échangés entre nous entre 2005 et 2019, et les personnes âgées de 15 à 29 ans ont passé presque moitié plus de temps (45 %) seules en 2023 qu'en 2010. En d'autres termes, notre isolement social s'accentue.
Ce phénomène affecte les entreprises, ainsi que leurs collaborateurs. Les liens humains permettent aux individus de découvrir de nouvelles opportunités de carrière, de trouver des mentors, d'apprendre à gérer des conversations difficiles, ainsi que de donner et de recevoir du soutien et de l'empathie. Lorsque ces liens s'étiolent, les conséquences sont bien réelles.
Par exemple, nous savons que les carrières dépendent souvent fortement des réseaux. D'après une étude de LinkedIn, environ 70 % des postes sont pourvus grâce à des connexions personnelles et professionnelles. Lorsque les relations de travail des individus s'affaiblissent, leur accès aux opportunités se restreint, en particulier pour les personnes déjà sous-représentées ou géographiquement isolées. Les relations sociales peuvent en effet aider les collaborateurs de différentes manières dans leur développement professionnel, qu'il s'agisse d'anciens responsables qui jouent les intermédiaires, d'homologues qui peuvent partager des opportunités ou encore de mentors qui les accompagnent dans leur parcours de reskilling.
De multiples études ont montré une forte corrélation entre le fait d'avoir un meilleur ami au travail et les performances au sein de l'entreprise. Les personnes qui ont des amis au travail sont prêtes à fournir davantage d'efforts, à poser des questions et faire part de leurs préoccupations, à innover et partager des idées, et à s'amuser. Les dernières conclusions de Gallup montrent que le fait d'avoir ou non un meilleur ami au travail peut avoir des conséquences importantes et influencer notamment la probabilité que les collaborateurs recommandent leur entreprise, leur intention de quitter leur travail et leur satisfaction globale à l'égard de leur environnement professionnel.
Le Human Connection Workplace Index de Workday a révélé que plus d'un tiers (37 %) des collaborateurs préfèrent réfléchir avec l'IA plutôt qu'avec un collègue par peur d'être jugés, et que 44 % choisissent souvent ou toujours l'IA parce qu'elle accomplit les tâches plus rapidement sans remettre en question leurs idées. La réduction progressive de nos anciens moments de connexion interpersonnelle pourrait silencieusement entraîner des niveaux plus élevés d'isolement social.
Les membres de la génération Z sont les plus grands utilisateurs de l'IA et sont également ceux qui déclarent ressentir le plus grand manque de lien. En effet, 21 % déclarent se sentir plus seuls depuis l'introduction des outils d'IA dans l'environnement de travail, et 41 % n'ont que rarement ou jamais de conversations avec leurs collègues allant au-delà des tâches transactionnelles liées au travail au cours d'une semaine donnée.